Fil pour la couture du cuir.
Fil pour la couture du cuir. Crédit photographique : Soraya Azzuze.

Thématique de l’entretien

« La matière comme vecteur de création ». Bricolage, assemblage, travail de différentes matières, création d’objets.

Sumiko, 36, fabricante, Toulouse

Confection autour du plaisir et de la vanité des femmes.
« Cela vient de mon expérience de vendeuse, savoir que les femmes ont envie d’être belles. C’est pour ça que je voudrais faire plaisir. »
« Il ne faut pas éloigner le désir de la création. Quelqu’un qui veut un sac noir par exemple, je ne propose pas un sac rouge. {…} C’est mieux d’en proposer plusieurs. Je réponds à la commande, mais je veux donner plusieurs idées. {…} »
 

Soraya : Quelle activité pratiquez-vous ?
Sumiko : Fabrication de sacs à main et accessoires en cuir.
Soraya :  Comment avez-vous découvert cette activité ?
Sumiko : J’avais déjà choisi une école de mode, section de maroquinerie, donc j’avais découvert cette activité avant. C’est pour ça que j’avais choisi cette école. Au début, ce n’était pas forcement le cuir qui m’intéressait, j’étais intéressé par les accessoires, par les  vêtements. Je voulais apprendre à faire des choses autour du vêtement. Donc j’ai découvert dans cette école de mode la maroquinerie.
Soraya : Pour toi, dans un premier temps, la pratique du cuir, c’est plutôt, une profession, une passion, un art, un artisanat … ?
Sumiko : Dans un premier temps, c’est une passion, ensuite un art, ensuite une occupation et maintenant une profession.
Soraya : Avec qui pratiques-tu cette activité ? Seule ? Fais-tu partie d’un atelier ? Avec des amis ?
Sumiko : Actuellement seule.
Soraya : Où pratiques-tu cette activité, dans un atelier… ?
Sumiko : Dans un atelier chez moi.
Soraya : Dans le cadre de la pratique de ton activité, utilises-tu l’outil Internet ?
Sumiko : Oui.
Soraya : Pour quelles raisons et dans quels buts ?
Sumiko : Pour le site Internet, pour présenter mon travail, et après pour vendre, ce n’est pas arrivé encore. Mon objectif c’est la vente sur Internet.
Soraya : Depuis combien de temps pratiques-tu ton activité ?
Sumiko : En comptant l’époque de l’école aussi, à peu près dix ans. J’ai commencé il y a quinze ans, puis j’ai cessé pour faire autre chose.
Soraya : Pratiques-tu ton activité, occasionnellement, souvent ou très souvent ?
Sumiko : Très souvent.
Soraya : Combien de temps passes-tu par jour à la pratique de ton activité ?
Sumiko : Plus de trois heures.
Soraya : En moyenne combien de temps passes-tu à la réalisation d’un seul et même ouvrage ?
Sumiko : Moyennement, une journée (8h).
Soraya : Peux-tu préciser la nature de tes objets que tu fabriques, bibelot, sculpture, objet d’art, objet fonctionnel, objet design, autre ?
Sumiko : Un objet de mode (…), pour le plaisir, ce n’est pas uniquement fonctionnel. Au niveau de la couleur, de la matière, quelque chose qui fait plaisir au client qui achète un sac par exemple. Je ne le fais pas pour me faire plaisir, mais pour leur faire plaisir.
Soraya : C’est un objet qui leur fait plaisir parce qu’ils le trouvent beau, mais aussi parce que ça a un lien avec leur quotidien, c’est un objet qu’ils vont avoir en permanence sur eux. On a souvent sur soi son sac ou bien son porte-monnaie. Ce sont des objets qui nous accompagnent.
Sumiko : C’est ça.
Soraya : Un objet de compagnie ?
Sumiko : Qu’il y ait aussi la sensation de possessivité. Un objet que je veux toujours porter avec moi parce que c’est joli. Je pense au mot vanité aussi. Quelqu’un qui achète un sac et que cette personne se sente bien avec, se sente belle avec ce sac. Si une personne a un vêtement à la mode, elle se sent et se trouve belle avec. Ou le fait de penser ou de dire : «  tiens, j’ai acheté un plus joli sac que ma copine ». « J’ai acheté un plus bel objet que ma copine », c’est de la vanité.
Soraya : C’est aussi le fait de s’identifier.
Sumiko : Aussi, mais je pense que c’est encore plus violent et que le mot qui correspond est vraiment : vanité. Spécificité des femmes. Cela vient de mon expérience de vendeuse, savoir que les femmes ont envie d’être belles. C’est pour ça que je voudrais faire plaisir.
Soraya : Tu parles, de plaisir, de vanité, de femme, tu ne fabriques que des objets destinés aux femmes ?
Sumiko : Pendant un temps j’ai fait beaucoup de chose pour les femmes, mais je voudrais changer. Je suis vraiment au point de changement en ce moment. C’est vrai que pendant un temps, j’ai fait beaucoup d’articles pour les femmes.
Soraya : Quels sont les matériaux que tu utilises pour tes travaux ? Essentiellement c’est donc le cuir, mais encore…
Sumiko : Pièces métalliques, tissus aussi, plastique aussi, caoutchouc,
Soraya : … de la ficelle, du raphia ?
Sumiko : Oui, ça aussi (…), et une sorte de mousse, d’éponge. Puis de la colle que j’utilise vraiment beaucoup.
Soraya : Utilises-tu des métaux précieux ? Des pierres précieuses ?  Des perles?
Sumiko : Non, je n’en utilise pas, non. Mais des perles en plastique oui, pas souvent. Du bois très rarement, presque jamais.
Soraya : Par quel moyen te fournis-tu pour l’achat de matériel, par Internet ?
Sumiko : Parfois.
Soraya : Dans un magasin de loisir créatif ?
Sumiko : Parfois.
Soraya : Dans un magasin spécialisé ?
Sumiko : Oui.
Soraya : Fais-tu de la récupération ?
Sumiko : Oui, en fait je réutilise des matériaux déjà utilisés. Avec du tissu de récupération, par exemple du tissu de kimono que je n’ai pas acheté, ceux qui étaient donnés.
Soraya : Pendant la réalisation de tes sacs, procèdes-tu par expérimentation de la matière, ou as-tu une idée prédéfinie de ton objet final ?
Sumiko : À priori je cherche à faire comme ça, j’ai déjà une idée en tête et je dessine aussi, ça m’arrive souvent de faire par expérimentation. Mais je fais l’expérimentation à part d’un projet de sac. Ou parfois cela m’arrive de commencer à monter un sac, ça m’arrive peut-être de changer et choisir une manière différente de faire. Mais à priori, il y a un projet dans ma tête.
Soraya : Quelle place accordes-tu à la matière et à l’objet ? Quelle affirmation correspond par exemple à ton idée : la matière est un moyen pour faire exister l’objet ? L’objet est un prétexte pour pratiquer la matière ? L’objet naît de la matière ? Dans toute matière, il y a un objet qui sommeille ?
Sumiko : C’est la matière qui est un moyen pour faire exister l’objet.
Soraya : Dessines-tu tes propres modèles avant de fabriquer ?
Sumiko : Oui, quelques fois.
Soraya : Gardes-tu tes dessins ?
Sumiko : Oui.
Soraya : As-tu un carnet de croquis ?
Sumiko : Oui.
Soraya : Donc peux-tu préciser la raison de ce choix ? Car par exemple, aucun modèle ne te convient dans le commerce ?
Sumiko : Non.
Soraya : Dessines-tu pour personnaliser ton ouvrage ?
Sumiko : Non.
Soraya : Pour complexifier ta pratique ?
Sumiko : Non.
Soraya : Au contraire, pour faciliter ta pratique ?
Sumiko : Oui, c’est ça, en fait c’est pour raccourcir le temps de travail. Si je dessine les étapes, je peux m’organiser, je peux raccourcir mon temps.
Soraya : Esprit pratique alors ?
Sumiko : C’est ça, tout à fait. (…) Et pour « agrandir » les idées aussi. Pour choisir un sac, c’est mieux de choisir dans 10 dessins que dans 5 dessins. Parce que c’est plus élaboré avec 10 dessins, c’est mieux quand il y a beaucoup de propositions. En fait, mes dessins sont pour le client, pour qu’ils choisissent. Par exemple, un sac avec une sangle longue comme ça … .
Soraya : Utilises-tu un autre modèle qui existe déjà pour tes propres créations ?
Sumiko : Oui.
Soraya : Et quelle est la source de ce modèle ?
Sumiko : Magazine.
Soraya : Exposes-tu tes créations ?
Sumiko : Oui.
Soraya : Où les exposes-tu ?
Sumiko : Dans des magasins, sur Internet.
Soraya : Une fois terminées, tu vends donc tes créations dans les magasins ?
Sumiko : Oui, et de bouche à oreille aussi. Je trouve des clients directs. Amis de famille, amis d’amis. Je travaille plus comme ça, que par la vente en magasin.
Soraya : À ton avis, l’objectif de ta pratique réside dans la pratique elle-même, dans la fabrication d’un objet de décoration, dans la fabrication d’un objet unique ?
Sumiko : Dans la fabrication d’un objet unique. (…) Je suis fabricante. Tu sais, je ne peux pas dire que je suis artisane parce que je ne suis pas inscrite à la maison des artisans. Mon statut actuel c’est auto-entrepreneur. Je suis passée à la chambre des métiers, de l’artisan, et ils m’ont dit de ne pas utiliser le titre d’artisan parce que je ne suis pas inscrite chez eux. Sur ma carte de visite, je ne peux pas marquer artisan, je dois dire que je suis fabricante. Créatrice peut être je peux le dire, mais fabricante, officiellement je peux le dire.
Soraya : Comment fabriques-tu ? Comment te mets-tu au travail ? Quelles sont tes habitudes ?
Sumiko : Une table vide pour commencer. Une organisation. Avant de commencer à travailler, je déplace tout ceci quelque part pour avoir ma table vide, c’est très important.
(Dans l’atelier : une étagère avec plein de cuir de différentes couleurs, monticule de différentes matières.).
Soraya : Tu es sur quel travail en ce moment ?
Sumiko : En ce moment je suis en train de faire une collection avec ce cuir fluo, des petits accessoires. Il n’y a que deux couleurs là. En ce moment c’est le problème, je ne vends pas beaucoup, mais je travaille (…). Et voici les dessins, une série de dessins pour un client. Il avait besoin d’un sac pour ordinateur avec un compartiment pour des vêtements, il part souvent en déplacement, en voyages. C’est plus intéressant pour lui de choisir à partir de différentes possibilités. Il ne faut pas éloigner le désir de la création. Quelqu’un qui veut un sac noir par exemple, je ne propose pas un sac rouge. (…) C’est mieux d’en proposer plusieurs. Je réponds à la commande mais je veux donner plusieurs idées. (…)
Soraya : Tu réponds à une commande en fait. Et il y a un choix possible. Et le fait que tu vendes ce que tu fais est-ce que tu penses que ça modifie le rapport que tu as avec la matière ? Parce qu’il y a cette notion de désir qui revient. Mais le fait que tu te dises que ça va être vendu ça rajoute quelque chose, est-ce que ça modifie le rapport que tu as à la matière, à l’objet ?
Sumiko : Oui, parce que souvent le résultat ne ressemble pas exactement au dessin. Je ne sais pas si ça répond à la question. Mais par exemple, cette matière je l’aime, je l’adore et je la propose dans les magasins, mais eux n’aiment pas du tout et je change de magasin qui lui a adoré, ça peut être un changement de valeur de matière.
Moi, je suis d’accord avec le magasin qui a aimé cette matière, mais s’il n’avait pas aimé, la valeur aurait changé pour moi.
Soraya : Est-ce que tu as une valeur affective à la matière ?
Sumiko : Oui, mais depuis le début je pense à la vente, ce n’est pas comme un peintre qui ne veut pas vendre sa toile.
Soraya : Quand tu t’installes pour fabriquer, de quoi tu ne peux pas te passer ?
Sumiko : De cette planche en plastique dont je me sers pour découper.
Soraya : Donc, ta collection actuelle, est faite avec du cuir fluo, et essentiellement maroquinerie, envisages-tu d’associer d’autres matières, de la broderie ou du dessin par exemple.
Sumiko : Oui, ça m’intéresse beaucoup.
Soraya : Et si tu entreprenais ce genre de projet, penses-tu t’associer à quelqu’un ou pas.
Sumiko : Oui, avec quelqu’un.
Soraya : Ta marque est SBekArak, c’est du japonais et cela signifie en français « besoin de » « doit être », c’est un résumé en fait.
Sumiko : Oui c’est vrai ! C’est ça un nom de marque.
Soraya : Merci.