Thématique de l’entretien

« Rénovation et mise aux normes des flux dans l’habitat médiéval ». Bricolage, normes, confort.

Plan de situation géographique de la maison de M. René M. et M. Philippe M., 2017.
Plan de situation géographique de la maison de René M. et Philippe M., 2017. Crédit : Duffau Associés.

Une des particularités de la rue Droite est que toutes les maisons communiquent entre elles jusqu’à l’église, par des ouvertures ou de simples fenêtres qui permettaient de traverser par les caves.

René M. et Philippe M.

René M., retraité, anciennement traiteur sur Caylus, est propriétaire, depuis 1980, d’un immeuble de quatre étages, mais il n’y habite pas.
La bâtisse date du XIIIe ou XIVe siècle, elle est en pierre, en partie rénovée. René suppose que l’immeuble a subi un incendie, car certains éléments ont été remplacés notamment les fenêtres de style renaissance. Entre le XVIIIe et XIXe siècle, l’immeuble appartenait à la famille Bruelh, famille noble, co-seigneurs de Cas.

Façade de chez René M. et Philippe M., rue Droite, janvier 2017.
Façade de chez René M. et Philippe M., rue Droite, janvier 2017 – Crédit photographique : Margaux Zuppel.

La dernière activité connue pour le numéro 24 au rez-de-chaussée est celle d’un sabotier, fermé depuis 1970. René a vendu la partie droite du numéro 22 à Philippe M. Le rez-de-chaussée n’est pas investi toute l’année, mais pour re-dynamiser la rue, des boutiques éphémères s’y installent pendant la période estivale, plutôt pour les touristes.
Philippe M. travaille dans le bâtiment et rénove lui-même des bâtiments anciens. Propriétaire de la partie droite du numéro 22 depuis 2016, il habite un des appartements, au deuxième étage, en attendant de rénover une maison qu’il a achetée sur le Causse.
Une des particularités de la rue Droite est que toutes les maisons communiquent entre elles jusqu’à l’église, par des ouvertures ou de simples fenêtres qui permettaient de traverser par les caves. Le rez-de-chaussée est toujours composé d’un local commercial côté rue et derrière des caves dotées de puits de jour amenant la lumière extérieure, mais aussi beaucoup d’humidité et de fraîcheur. Il n’y avait aucun système de chauffage central, mais des cheminées à chaque étage.
René M. a fait des travaux de rénovation entre 1985 et 1990 par le biais d’un architecte à qui il a donné carte blanche. Il a fait ce choix, car travailler avec un architecte était plus simple, ainsi c’est lui qui soumet les plans pour le permis de construire et qui applique les normes des bâtiments protégés. Le numéro 22 s’ouvre sur une grande tour munie d’un escalier à vis qui dessert tous les appartements de René et de Philippe. L’électricité a été installé dans l’escalier en colimaçon vers 1985, avec des fils apparents qui courent dans la tour.
En 2012, la toiture a été en partie refaite, les combles ne sont pas aménagés, le plancher est seulement recouvert de laine de verre. De l’autre côté du pallier, toujours au quatrième et dernier étage, on trouve une autre vaste pièce vide d’environ 70 m2, non rénovée. Les murs sont en pierre brute, les planchers en bois, les fenêtres ont de simples vitrages, il n’y a pas d’électricité, ni de chauffage. Dans les travaux de rénovation, René a voulu essayer de préserver le cachet de la maison moyenâgeuse, il a conservé les constructions d’origine telles que les cheminées, les pierres de taille, les poutres, qu’il a gardées apparentes en décoration.

Plan de l’immeuble de René M., réalisé par l’architecte lors des rénovations.
Plan de l’immeuble de René M., réalisé par l’architecte lors des rénovations. Plan fourni par René M.

Au niveau de l’extérieur du bâtiment, la bâtisse est dans une zone protégée, il doit respecter les normes des bâtiments historiques du côté de la rue Droite et ne pas faire de modification. De l’autre côté, les normes à respecter sont moins rigoureuses, par exemple les volets doivent se trouver à l’intérieur de l’appartement côté de la rue Droite, alors que du côté arrière les volets sont extérieurs avec une vue sur les jardins.
L’appartement du 3e étage, côté René M., a été rénové en 1990, pour le louer. L’architecte lui avait fait plusieurs propositions dont une qui regroupait l’étage d’en dessous par un escalier à l’intérieur de l’appartement, comme on a pu le voir sur les plans que le propriétaire nous a fournis. Il est habitable, avec un chauffage électrique. Il n’a pas effacé toutes les traces anciennes dans la partie historique où l’on trouve le salon et la cuisine, en gardant la cheminée, un mur en pierre apparente et les volets intérieurs. Pour les chambres et la salle de bains, toutes les traces du passé ont été recouvertes par du placoplâtre, pour des questions d’isolation et de chaleur.
Par rapport aux travaux réalisés, René M. a reçu des subventions du Conseil Général et de la Région, représentant 40% du coût total de la rénovation. Au même niveau, on trouve l’appartement actuel de Philippe M. auquel nous n’avons pas eu accès. L’habitation a été apparemment complètement rénovée et il ne resterait pas vraiment de traces du passé.
Au deuxième étage, se trouvent deux vastes pièces complètement vides de 70 m2 où l’on note l’arrivée de fils électriques, gaines, câbles, pour un futur aménagement, mais aussi pour les monter aux appartements rénovés. Les pièces sont à l’état brut, avec les cheminées et les murs aux pierres apparentes.
Au premier étage nous avons pu rentrer dans un autre appartement rénové par un architecte qui a créé trois niveaux en demi-étage. On rentre par l’espace salon, les murs sont en pierre et un poêle remplace la cheminée traditionnelle. En descendant quelques marches, on arrive dans la cuisine et la salle de bains séparées par de petites cloisons, où les murs en pierre ont encore été conservés. De là, on a accès à une cour intérieure donnant sur l’arrière de la maison, puisque le niveau du sol de ce côté est décalé par rapport au niveau de la rue. En remontant, maintenant on accède à la chambre entièrement cloisonnée. Le style de la rénovation est clairement daté, bien que l’architecte ne soit vraiment intervenu que sur le bloc de séparation des trois espaces. Des radiateurs électriques ont été proprement posés sur les murs en pierre, on ne distingue aucun fil apparent. Sur le côté cour, les menuiseries sont en aluminium, en double vitrage, assurant une meilleure isolation que du côté historique de la rue Droite.
Le propriétaire Philippe M. a soulevé ici un problème d’ordre thermique. Il a évoqué qu’au Moyen-Âge les murs étaient cachés pour garder la chaleur, mais aussi parce que les pierres des murs n’étaient pas jolies mises à part les pierres de tailles présentes au niveau des cheminées et des encadrements des fenêtres. Les parois étaient alors recouvertes par des enduits ou des tentures, comme les plafonds. René nous explique l’heureuse surprise qu’il a eu en découvrant ce plafond à la française qui avait été masqué. Concernant les murs, Philippe pense que de cacher certaines parties par du placoplâtre permet de conserver la chaleur dans le logement, mais aussi de mettre en valeur les parties laissées nues. Ainsi, dans ces bâtiments anciens, il y a de gros problèmes d’isolation dus au désir de conservation de l’aspect ancien et de la sauvegarde historique. Les propriétaires ne savent plus quel système de chauffage mettre en place. On se pose alors la question de comment rendre les murs en pierre réceptifs à la chaleur, sans les cacher ? Comment garder les traces de l’ancien et rendre d’endroit habitable et chaud ?


Date : 04/01/2017

Entretien effectué par : Pablo Figueroa, Margaux Zuppel et Maude Tremolière. (isdaT, design)