Photographie Giacomo Giannini.
Photographie : Giacomo Giannini.

Thématique de l’entretien :

« La matière comme vecteur de création » : Bricolage, assemblage, travail de différentes matières, création d’objets.

Nadia, 34 ans, Employée polyvalente d’un magasin de loisirs créatifs

« Création de matières, des souvenirs remontent. »
« Donc je chauffe mes pâtes et c’est là en fait le meilleur moment, c’est quand on commence à les avoir entre les mains et que l’on commence à les modeler. »
« Je le passe dans ma machine à pâte, je trifouille, je papouille, c’est le mieux dans ce que je fais. »
 

Nadia : Donc pour commencer, je m’installe dans mon atelier ou sur la table du salon, et là je sors toutes mes pâtes, toutes les couleurs, alors je fais des petits tas, soit des camaïeux, soit des couleurs qui sont complètement en opposition et après je pense soit à des fleurs, soit à des choses que j’ai vues, ou alors ce qui me fait envie au niveau nourriture, et à partir de là je re-sélectionne des couleurs et je commence à travailler. Donc je chauffe mes pâtes et c’est là en fait le meilleur moment, c’est quand on commence à les avoir entre les mains et que l’on commence à les modeler. Il faut les chauffer pour ensuite mieux les travailler, et là petit à petit je les mélange ou alors je fais des colombins de pâte que j’assemble entre eux, et petit à petit ça prend forme et au fur et à mesure, je peux, je vois un motif qui en sort, et à partir de ce motif je peux l’agrémenter d’autre chose : donc je rajoute des couleurs, je rajoute une couleur qui est déjà pour faire une dominante et là je le mets de coté et j’en fait d’autres pour aller avec ; et ça c’est un moment qui prend beaucoup de temps parce que c’est le plus important, c’est le moment où j’ai la matière entre mes mains, je passe mon rouleau, je le passe dans ma machine à pâte, je trifouille, je papouille, c’est le mieux dans ce que je fais. En effet le mieux c’est de faire des choses, de préparer des motifs qui ne ressemblent pas forcément à quelque chose, mais qui pour moi sont pleins de souvenirs. Des souvenirs remontent. Il n’y a pas d’odeur, mais parfois le dessin que la pâte à formé rappelle quelque chose : une odeur, un bon moment de la vie, et après je les mets au frigo, je les conserve au frigo pour mieux les couper. Alors, là on arrive par contre à une autre étape, c’est le moment de la disposition sur l’objet, des différents bouts de lumière, de matière que j’ai fabriqués.
Soraya : Et sur la mise en place, quel est le moment dans la journée pour pratiquer, y a-t-il un moment que tu préfères ? Y a-t-il un rituel dans l’installation ? Y a-t-il un moment où tu as le temps d’être seule ? Peu importe ce qu’il y a autour de toi ?
Nadia : Je préfère travailler quand je suis toute seule parce que je suis plus tranquille, je mets la musique que je veux parce que je travaille toujours avec de la musique, et c’est vrai que c’est aussi une bonne source d’inspiration avec tel artiste on va être plus dans les bleus, avec l’autre on sera beaucoup plus sur des couleurs beaucoup plus chaudes. Et ensuite ce que je commence par faire, je mets ma planche de modelage, j’installe ma machine à pâte, je prépare tous mes petits outils, mes emporte-pièces, mes cutters, mes rouleaux, puis après toutes mes pâtes que j’étale, même s’il y en a de 4 marques différentes, elles vont toutes être sur la table.
Et moi, pour travailler, c’est soit commencer le matin , soit une fois que les enfants sont à l’école ou ne sont pas là, sinon, après… là où j’ai aussi le plus d’inspiration, c’est quand je suis toute seule, que les enfants sont en vacances, je commence à travailler vers 22h, 23h et jusqu’à deux, trois heures du matin. Quand je suis toute seule, c’est vrai que là c’est  des moments de bonheur.  Soit le matin jusqu’à 13h ou 14h, soit en pleine nuit, sinon j’aime bien aussi faire trois jours non-stop, donc je me lève le matin 8h, je vais oublier de manger, j’aurai ma bouteille d’eau et mon bol de thé et je peux y être jusqu’à 23h ou 1h du matin et alors là, c’est l’éclate.
Soraya : À partir du moment où tu commences, tu as l’idée, que tu commences à pratiquer est-ce que tu n’as qu’une envie, celle d’avoir terminé l’objet, ou est-ce qu’il peut se passer un an entre le début de la réalisation et l’objet fini ? Est-ce qu’il y a une importance dans le déroulement, dans le temps passé sur cet objet là.
Nadia : Non, il n’y a pas d’importance dans le temps passé, sachant qu’il y a beaucoup de motifs que je peux utiliser plusieurs fois, donc un motif que je fais aujourd’hui, je peux l’utiliser dans six mois ou dans un an, vu que cela sera sur un colombin et que je ne vais pas tout utiliser en une fois, donc souvent j’ai des morceaux qui reviennent d’une collection d’il y a deux ans, trois mois et ce sont des re-mélanges, avec des ajouts, et non, il n’y a pas, je ne me dis pas dans cinq heures mon truc il est fini. Sauf quand il y a des commandes spéciales où là, c’est à partir d’objets que j’ai déjà faits, mais sinon c’est vrai que je ne me donne pas souvent d’impératif de temps. Donc ça peut être quelque chose qui va me plaire, je vais le commencer, et finalement ça ne va pas être ce que j’ai voulu exactement donc je vais le laisser de côté, pour attendre d’avoir l’inspiration et le ressenti pour pouvoir l’utiliser, donc il peut se passer du temps.
Soraya : Et est-ce que tu mets une séparation entre le plaisir que tu as pour la fabrication de tes colombins, du plaisir que tu éprouves pour la confection de ces matières, de ces motifs-là, et un écart entre le plaisir ensuite de composer un bijou ? Est-ce que tu fais la séparation, ou non, tu éprouves autant de plaisir à agencer, articuler, composer ton bijou ?
Nadia : J’éprouve beaucoup plus de plaisir à faire le colombin et faire ma perle finie, qu’à le monter, ce n’est pas du tout la même démarche parce que monter un collier ou n’importe quel bijou tout le monde quasiment peut le faire, alors que ce que je fais, la perle en elle-même. La perle est beaucoup plus importante en elle-même que le bijou. Puisque le bijou c’est juste une finalité pour que les gens profitent. Mais c’est vrai que j’ai beaucoup de perles que je garde juste parce qu’elles me plaisent et elles n’ont pas vraiment de but.